Workshop en Corée du Sud

 

Les photos illustrent le travail effectué dans l’atelier de Huh Sang-Wook, dans la tradition Coréenne du Buncheong.

 

Place à la Corée du Sud

Bercée entre deux géants, la Chine et le Japon, la Corée du Sud se définit elle aussi comme une nation imprégnée d’une longue tradition céramique. Mais l’histoire récente de ce petit pays péninsulaire n’a pas aidé sa population à se forger une identité forte qui puisse être revendiquée à l’étranger comme à l’intérieur du pays. Envahie par le Japon en 1910 jusqu’à 1950, beaucoup de biens et de trésors nationaux furent détruits dans le but d’affaiblir l’idée de nation. Les temples brûlés, l’art détruit et les symboles de leur force anéanties. Les montagnes environnants la ville de Seoul furent à une époque peuplées de tigres sauvages. Aujourd’hui, il n’en reste plus aucun; la totalité ayant été exterminée entre 1910 et 1950 pour la seule raison que l’animal était le symbole de la puissance coréenne.
Une fois Japonais et Chinois en allés, ce sont les Américains qui sont venus  « remettre de l’ordre » dans le pays. Cette fois-ci, plus de répression mais la difficulté à se reconstruire culturellement fut, et reste, tenace. Il y a, pour finir, encore le paramètre du grand frère géant et dominant à l’Ouest, cette Chine tantôt admirée, tantôt réfutée, qui aura eu son rôle à jouer lors de la définition de l’art Coréen.

Malgré tout, l’art céramique coréen connaît, comme dans d’autres pays d’Asie, une grande valorisation auprès du public local, souvent bien plus averti que le public européen. Les techniques dites traditionnelles y prennent une place majeure. Il y  plusieurs raisons à cela : d’une part, les céramistes coréens ont à cœur de défendre leurs traditions et savoir-faire tout en y excellant et, d’autre part, la céramique d’expression ou d’installation ne permet pas de vivre, alors que les pièces utilitaires le permettent.

La technique du Buncheong, très répandue, consiste à travailler le grès suivi de la pose d’un engobe blanc. Ces pièces, souvent décorées de motifs gravés ou incisés, inspirés de la nature ou simplement orné des traces du pinceau effectuées lors de la pose de l’engobe, sont ensuite recouvertes d’un émail transparent et brillant avant d’être cuites au four à gaz ou plus rarement au four à bois.
L’engobe joue un rôle très important dans la technique du Buncheong. Il s’agit de comprendre le lien entre la forme, la texture de la terre et d’y adapter la technique de pose de l’engobe. Le trempage est fréquent, mais la pose au pinceau l’est sans doute encore davantage. C’est le style du céramiste qui en sera définit.
La porcelaine a, elle aussi, sa place dans le paysage céramique coréen. Elle pourrait soudainement sembler d’une brillance tout à fait « kitch » à côté de la blancheur douce et nuancée du Buncheong. Elle est souvent utilisée pour le tournage de Moon Jars, forme traditionnelle que l’on retrouve partout, en forme de pleine lune.
Les grandes jarres Ongi, longtemps considérées comme une marchandise quotidienne, retrouve aujourd’hui une place d’honneur aux yeux des Coréens. Grâce aux jarres Ongi, l’approvisionnement en nourriture était assuré tout au long de l’année avant l’arrivée de frigos dans les foyers. C’est au mois de novembre que les femmes s’attèlent à la préparation du kimchi, que l’on retrouve sur toutes les tables et à chaque repas. Ce sont la plupart du temps des choux et radis épicés, placée dans les grandes jarres où ils vont fermenter après avoir été enterrés sous terre.

La céramique contemporaine connaît elle aussi un engouement, tout particulièrement auprès de la jeune génération. Il suffit pour s’en rendre compte de visiter les ateliers de la réputée université de Kookmin. Les classes remplies à raz-bord d’élèves offrent un aperçu de la création actuelle et de l’envie des jeunes de se défaire de la tradition. Le résultat, pas toujours convaincant, est néanmoins une proposition nouvelle pour l’évolution de la céramique dans le Pays du Matin Frais (généralement mal traduit par Pays du Matin calme)

 

Charlotte Nordin