Bercée par les images d’une nature tant aimée, Charlotte Nordin ne cesse dans son travail d’entretenir une conversation avec celle-ci, que cette nature soit reproduite ou fantasmée et proposée sous forme de sculpture, ensemble ou installation. Loin des angles secs et tranchants d’une urbanité à laquelle elle s’accommode, l’artiste préfère les tensions observées dans les formes végétales et minérales et leur équilibre souvent improbable issus de multiples ajustements visant à survivre dans un environnement donné. Mais la céramiste ne se contente pas d’imiter, son désir est davantage celui de recréer une nature comme elle l’entend pousser et vivre à l’intérieur de son être ; une nature agrémentée d’apports psychologiques et imaginaires, dans lesquels apparaissent en filigrane les présences de figures de mythes du folklore nordique dont l’artiste est fortement imprégnée.

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« Mais la céramiste ne se contente pas d’imiter, son désir est davantage celui de recréer une nature comme elle l’entend pousser et vivre à l’intérieur de son être… »


Créer « sa » nature, ses lichens, ses racines, ses sous-bois, c’est, dans les grandes lignes, la direction recherchée par l’artiste. Une cible qui varie pourtant à mesure qu’avance son travail de création. En effet, tout au long du processus artistique et de la réalisation, Charlotte Nordin ne s’interdit aucunement les imprévus et déformations liés tantôt à des désirs impératifs (et souvent jubilatoires) issus du plaisir de palper la terre, de la former ou de la triturer comme elle s’accommode volontiers des aléas inhérents aux cuissons de ses pièces : les fissures et autres imperfections trouvent alors tout leur sens dans l’œuvre de la céramiste.

Car en matière d’œuvre, Charlotte Nordin créé surtout des ensembles où l’objet unique se fond dans la multitude. Et dans ce qui peut apparaître de prime abord comme une opulence simplement spectaculaire, chaque pièce participe d’une contemplation rythmée de l’œuvre par le spectateur. Son œuvre « Unknown Forest », sous-bois d’une forêt sorti de l’imaginaire de l’artiste, invite ainsi le regard à faire des aller retour entre l’infiniment petit et l’ensemble. Un ensemble fait de détails donc, où la dualité individu-collectivité est mise en lumière. Son installation « Conversation » va encore plus loin dans ce jeu des interactions : divers sculptures émettent sons et lumières et se lancent dans une véritable conversation musicale.

Les œuvres de Charlotte Nordin présentent donc à la fois une entrée sur l’unique et le multiple, tout comme elles se veulent (et le sont de manière intrinsèque) modulables. En adaptant ses compositions au lieu d’exposition, les œuvres se régénèrent à chaque fois, changeant de forme, invitant le spectateur à une nouvelle lecture. Comme la nature, les œuvres de la céramiste s’adaptent à tout environnement.

Rodolphe Haener, journaliste